Une visite chez les Zadistes!

En pleine campagne sur l’initiative pour des multinationales responsables, je suis allé rendre visite aux premiers «Zadistes» de Suisse. Autrement dit, des activistes qui occupent une «Zone à Défendre», sur la colline du Mormont. En l’occurrence, un milieu naturel de première importance, convoité par le numéro un mondial du béton, pour l’agrandissement de sa carrière d’Eclépens.

Et quand vous êtes sur place, vous voilà saisi par le spectacle. Pas besoin de vous rendre en Afrique pour avoir une petite idée de l’impact de l’industrie minière d’extraction des matières premières. Ici, dans notre vénérable canton de Vaud, pas d’enfants au travail, mais une incitation à réfléchir sur notre consommation hallucinante de béton pour notre commodité!

Holcim est un géant industriel qui possède d’innombrables sites d’extraction dans le monde et son activité occupe souvent les tribunaux. Avant sa fusion avec le français Lafarge, l’entreprise suisse s’appelait aussi Holderbank Financière Glaris Ltd et possédait une filiale spécialisée dans le fibrociment, Eternit SA, ternie par le scandale planétaire des victimes de l’amiante. Son propriétaire, le multimilliardaire Stephan Schmidheiny, fut inculpé par un procureur italien, puis condamné à dix-huit ans de prison pour homicide volontaire par le Tribunal de Turin. Avec son armée d’avocats, il avait fait recours en cassation à Rome et fut finalement innocenté par la prescription des faits. Ce «philanthrope vert» s’était fait remarquer en 1992, à Rio de Janeiro, lors du troisième Sommet de la Terre, en créant le «Conseil mondial des entreprises pour le développement durable» (WBCSD en anglais). Ses pairs, les deux cents plus grands groupes industriels de la planète, et lui bénéficient, dans le cadre du protocole de Kyoto, du programme d’échange des permis de polluer, grâce à la Bourse du carbone, un instrument spéculatif qui permet aux entreprises d’acheter des quotas CO2, avant de les revendre sur les marchés financiers titrisés. Une mascarade remise en cause par une partie de la jeunesse d’aujourd’hui, qui ne se laisse pas endormir par des contes de fées!

La pandémie sévère qui nous frappe actuellement n’est pas une fatalité, mais l’une des conséquences de notre empreinte industrielle sur la nature. Selon un groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité, la déforestation est l’une des causes principales de la transmission des virus du monde animal vers celui des animaux d’élevage pour finalement se transmettre à nos congénères. A l’échelle de notre canton, avec les connaissances acquises sur l’état de la biodiversité en Suisse, il serait invraisemblable d’autoriser la déforestation de ce qui reste de la forêt de la colline du Mormont. 

Jean-Claude Cochard, ancien membre du Comité d’aide et d’orientation des victimes de l’amiante, 2 novembre 2020.