Une «check-list» des bonnes pratiques pour la logistique

Camionnette de livraison.
© Thierry Porchet

Les salariés des transports et de la logistique sont mal protégés face au virus, comme le montre une enquête d’Unia

Une part importante des quelque 180000 salariés actifs dans les transports et la logistique est mal protégée contre le coronavirus. Cela ressort clairement d’une enquête en ligne qu’Unia vient de mener dans cette branche qui rassemble chauffeurs routiers, livreurs, coursiers deux-roues, logisticiens ou magasiniers. Les 43% des 1026 travailleurs ayant répondu à ce sondage assurent que la règle des 2 mètres de distance n’est pas respectée; 34% disent que les équipements, tels que les cabines de conduite, les volants, les chariots élévateurs, les claviers et autres surfaces de travail ne sont pas régulièrement désinfectés ou qu’ils ne disposent pas de produits pour le faire eux-mêmes. Et 28,5% des réponses indiquent qu’aucune mesure n’a été prise pour réduire les contacts directs avec les clients.

«Personne ne porte de masque»

«On ne respecte rien dans cette entreprise, il n’y a ni masques ni gants, pas de distance de sécurité entre les collaborateurs, c’est une situation catastrophique et dangereuse, les responsables sont enfermés dans leurs bureaux et ne pensent pas à nous», note un participant à l’enquête. Et un autre de souligner: «Les formations n’ont pas été interrompues. Le 17 avril, le formateur a passé plusieurs heures dans la cabine de conduite avec deux apprentis. Personne ne porte de masque.»

En outre, certains patrons ont une attitude inconvenante vis-à-vis des malades et des employés en contact avec des malades. Dans 19% des cas, l’employeur n’a pas offert la garantie que les collaborateurs pouvaient rester à la maison en cas de symptômes comme la toux et la fièvre. Dans 37% des réponses, les salariés n’ont pas obtenu l’assurance de pouvoir se placer en quarantaine après avoir entretenu des contacts avec des personnes infectées. Un travailleur témoigne: «Des employés ont été testés positifs. Et ceux qui ont été en contact étroit avec des personnes infectées au coronavirus doivent continuer à travailler tout à fait normalement. Ou si quelqu’un côtoie un membre de la famille infecté, le chef lui demande de se taire et de continuer à travailler. Un collaborateur qui a maintenant été testé positif a commencé à tousser au travail et à avoir des frissons. Il en a informé le supérieur qui lui a répondu qu’il devait continuer à travailler normalement!»

Un concept de protection de branche

Face à cette situation, Unia invite les autorités cantonales à intensifier les contrôles, à améliorer leur efficacité et leur pouvoir de dissuasion. Malgré des violations manifestes des normes édictées par l’Office fédéral de la santé publique, pas une seule entreprise de la branche n’a jusqu’ici été fermée, remarque le syndicat. En outre, Unia a interpellé les associations patronales. «Nous avons contacté les associations patronales pour leur demander d’élaborer, dans le cadre du partenariat social, un concept de protection de branche à mettre en œuvre et à contrôler», explique Roman Künzler, responsable de la branche transport et logistique d’Unia. Et le syndicat a même déjà posé sur la table une proposition de «check-list» détaillant une trentaine de «bonnes pratiques». Cette liste, qui est consultable sur le site d’Unia, pourrait constituer le canevas de ce concept de protection. «C’est aussi un outil pour les salariés qui peuvent vérifier que les mesures qui s’imposent ont été prises ou non», ajoute le responsable syndical.

Une prime de 50 francs par jour

Enfin, selon 33% des participants au sondage, la quantité de travail a augmenté ces dernières semaines. Pour certaines catégories, comme les livreurs, on le sait, la charge de travail a même explosé. D’après les commentaires laissés par les sondés, certains salariés s’affairent  jusqu’à 15 heures par jour, sont sur le pont six jours par semaine avec parfois 55 heures au compteur.

En raison de cette surcharge d’activité, des risques encourus et du rôle essentiel joué par les employés de la logistique durant cette crise, Unia demande aux entreprises de verser une prime de 50 francs par jour à leurs salariés sous forme de supplément salarial. Une prime bien méritée et qui n’aurait rien d’extraordinaire pour Roman Künzler: «Cela se fait dans d’autres pays, comme la France ou l’Italie.» A plus long terme, le syndicat milite pour une revalorisation des métiers de la logistique à la faveur d’augmentations de salaire et d’améliorations des conditions de travail.