Quand le WEF reverdit son image

Projecteurs éteints sur le centre névralgique éphémère du pouvoir planétaire à Davos. Le Forum économique mondial (WEF) a fermé ses portes le 24 janvier après avoir accueilli quelque 3000 participants provenant de 90 pays. Lors de cette 50e édition, il aura été largement question de lutte contre le réchauffement climatique. Mais que retenir de cette rencontre réunissant annuellement les leaders politiques et économiques les plus influents du globe? Quel crédit accorder aux belles paroles et intentions exprimées dans les salles feutrées des conférences en vue d’un capitalisme vert? Vraisemblablement pas grand chose au regard des meetings précédents et tant les antagonismes se révèlent profonds entre une élite confinée dans sa tour d’ivoire fortifiée et les attentes pressantes des mouvements de la société civile.

Révélateur de cette situation, l’absence de dialogue entre ces deux invités vedettes, Donald Trump et la militante écologique Greta Thunberg. Le chef d’Etat le plus puissant du globe est venu brosser un tableau idyllique du modèle américain promu. Un modèle qui se résume à moins d’impôts, moins de règles et un droit de polluer sans restriction. Une allocution destinée avant tout à son électorat en vue des présidentielles. Le milliardaire n’a pas omis de vanter la production de gaz et pétrole tournant à plein régime. Et fustigé les «prophètes de malheur». Un commentaire visant indubitablement la figure de proue de la Grève du climat. Imperturbable, l’activiste a, de son côté, vertement tancé l’élite mondiale dénonçant la persistance de son inaction en matière de réduction des émissions de CO2. Gaz à effet de serre qui, depuis l’an dernier, n’ont pas diminué. Si la jeune activiste a certes suscité beaucoup d’attention, elle a quitté la station grisonne en regrettant que toutes les revendications soient restées lettre morte. Rien d’étonnant malgré une communication bien rôdée de représentants d’entreprises sur leurs pseudo-efforts en matière de durabilité. Et qui n’auront pris aucun engagement concret.

On ne saurait oublier, comme l’a souligné Greenpeace, des divergences totales d’intérêts: selon l’ONG, les institutions financières participant au Forum ont, depuis la signature de l’accord de Paris en 2015, investi jusqu’à 1400 milliards de dollars dans les énergies fossiles. De quoi doucher les espoirs. On ne saurait davantage faire fi de réalités que tout oppose. D’un côté des patrons qui, entre cocktails et petits fours, échanges de cartes de visite et conclusions de contrats, parlent business, marché, retour sur investissements – aussi pour leurs actions philanthropiques. Un club de nantis qui jongle avec les milliards, promet éventuellement de moins polluer en achetant des compensations carbone, n’envisage la lutte pour le climat que sous l’angle de nouveaux profits, et ne renoncera pas à ses prérogatives. De l’autre des militants, armés de leur seule bonne volonté et inquiétude, réclamant une justice climatique et la fin d’un système rendant la planète exsangue tout en creusant le fossé des inégalités. A la veille de l’ouverture du Forum, Oxfam a donné toute la mesure de l’indécence des disparités: 2150 personnes possèdent plus de richesses que 60% de la population mondiale. Le WEF, qui prétend vouloir améliorer l’état du globe – et qui, histoire d’intégrer la contestation, a élargi son cénacle à des représentants scientifiques, culturels et d’ONG – incarne les dérives d’un modèle économique autorisant des poignées d’utra-privilégiés à s’accaparer des richesses...