Plus d’une corde à son art

Portrait de Sara Oswald en concert avec son violoncelle sur un téléphone portable.
© Thierry Porchet

La violoncelliste Sara Oswald propose des concerts personnalisés en direct par Skype depuis son salon lausannois. Inoubliable nous a-t-on soufflé…

Violoncelliste, Sara Oswald crée de nouvelles formes de transmission. En ce moment, elle propose des concerts personnalisés depuis chez elle

Le rendez-vous est pris par Skype. Un outil qu’affectionne Sara Oswald depuis qu’elle s’est confinée dans son nid lausannois, de manière assez stricte, faute au virus et à la fragilité de son système immunitaire. Mais aussi depuis qu’elle y donne des concerts sur rendez-vous, à prix libre. «J’en arrive à ressentir l’énergie des gens qui m’écoutent et à vivre une rencontre de cœur à cœur, raconte-t-elle avec intensité. Je me sens très chanceuse de partager des moments d’une telle qualité. Souvent, c’est un cadeau fait à une personne seule chez elle ou à l’occasion d’un anniversaire, et j’assiste alors à toute cette émotion. C’est bouleversant!» Même derrière un écran, la rencontre devient partage en cette période extraordinaire et Sara Oswald, l’âme militante, en profite pour sensibiliser ses spectateurs au statut précaire des artistes.

«Le métier de musicien n’est pas reconnu à sa juste valeur. Si c’est génial de vivre de sa passion, c’est aussi angoissant d’avoir une profession dont l’existence est niée. Même si l’importance de la culture est révélée par cette crise», explique la violoncelliste qui ne cache pas son incompréhension et son sentiment d’injustice d’avoir reçu une décision de l’assurance perte de gain de 7,60 francs par jour seulement. Et ce, alors que ses nombreux concerts prévus ont été annulés. Elle a donc fait recours. 

Hors des sentiers battus

La musique a bercé son enfance. A 6 ans, dans son petit village fribourgeois, Sara se met au piano, comme son père. Et à 13 ans, prend son premier violoncelle dans les bras, pour ne plus le lâcher. «J’ai un souvenir très fort de ce moment-là. J’ai eu comme une prémonition que j’allais en faire mon métier. Même si je rêvais encore de travailler avec des animaux.» Mais pourquoi le violoncelle? «La professeure avait l’air très sympa et un poster de Pink Floyd était accroché dans sa classe», se remémore-t-elle, le sourire aux lèvres. Après les conservatoires de Fribourg et de Lausanne, elle s’oriente vers le baroque inspiré par un professeur, Bruno Cocset, qu’elle suivra à Barcelone, Paris et Genève. Elle joue, avec son frère violoniste, dans l’orchestre des Jeunes de Fribourg. Puis se détourne de la voie classique: «J’ai toujours souffert de l’élitisme et de la pression qui règne dans le milieu. Beaucoup de musiciens s’en rendent malades...»

Les rencontres marquent son «chemin» musical, hors des sentiers battus. Tout sauf une «carrière», mot péjoratif pour la musicienne, qui chérit sa liberté et son intuition. Avec feu le contrebassiste vaudois Popol Lavanchy, l’improvisation et l’expérimentation s’invitent alors dans son jeu. Puis les Young Gods élargissent encore son horizon. «Avec eux, j’ai appris à faire de la musique avec le cœur. Ils sont d’une telle simplicité et d’une telle intégrité, que c’est un bonheur de jouer avec eux.» Sara Oswald fait alors partie d’un quatuor de femmes, dont trois violonistes. «Notre groupe, Barbouze de chez Fior, n’avait pas de message féministe, mais il est vrai qu’il en émanait une certaine force sur scène: quatre musiciennes à corde hors des credos de la musique classique et jouant dans des salles plutôt consacrées au rock», se souvient celle qui est aussi partie en tournée avec Sophie Hunger, ou a collaboré avec Pascal Auberson, Colin Vallon, Emilie Zoé, entre autres artistes romands.

En solo aussi

En 2017, la virtuose se lance dans la composition pour un spectacle en solo mariant son violoncelle, son piano et sa voix, expérimentant encore et encore. «L’accueil dans la salle du Bourg à Lausanne a été magnifique», s’enthousiasme Sara Oswald en cours d’élaboration d’un deuxième spectacle solo, tout en étant partie prenante d’autres projets aux formes et aux collaborations diverses, avec un cinéaste, un écrivain, un contrebassiste… ou en créant des portraits musicaux personnels sur demande: une personne lui décrit l’heureux élu et elle compose un morceau qu’elle lui joue ensuite en live. «C’est bien sûr totalement subjectif. Je ne peux pas dire que les personnes se reconnaissent, mais ce sont toujours des moments très forts», souligne la musicienne. 

Avec le déconfinement et les beaux jours, Sara Oswald espère s’inviter bientôt, le temps d’un concert, dans des jardins ou des terrasses de particuliers. «En fait, je me réinvente, à l’image des paysans qui se sont mis à la vente directe. Plus d’intermédiaire, plus de salle de concert, plus de managers…»

Une autonomie sans l’adrénaline de la scène et la folie des concerts, qui finalement ne lui manquent pas autant qu’elle aurait pu l’imaginer. «J’apprécie d’avoir un rythme plus calme, moins de transport, d’être plus à la maison. Je me sens moins fatiguée», explique Sara Oswald, dont les voyages – de préférence avec des trains de nuit, quand c’est possible, plutôt qu’en avion – sont inhérents à son métier. 

«Le rythme de la marche reste le plus naturel pour moi», confie celle qui est partie un jour des rives du lac Léman pour rejoindre la Méditérrannée à pied. Actuellement, son quotidien est ponctué de promenades en forêt ou en montagne accompagnée de son chien. Si ce besoin de nature prend source déjà dans sa petite enfance, son attachement à l’essentiel s’accentue depuis deux mois. «Je n’ai même plus envie d’aller m’acheter des choses, et je suis heureuse de faire maintenant mes courses à la ferme plutôt que dans les grands magasins. Alors est-ce que j’ai envie d’un retour à la “normale”? Je ne crois pas…»

Site internet: saraoswald.ch