Les abeilles ne font pas le poids

Interdits en France en 2016, les néonicotinoïdes, ces pesticides tueurs d’abeilles, vont faire leur grand retour, et ce pour protéger les plantations de betteraves destinées à la production sucrière, victimes du puceron vert. Un revirement catastrophique pour notre environnement et notre biodiversité, qui ne profitera qu’aux grands industriels. Le syndicat agricole français Confédération paysanne le dit lui-même: la suppression des quotas et celle du prix minimal garanti de la betterave, qui ont engendré la dérégulation du marché ainsi que la concurrence mondiale, sont les vrais problèmes. «La pression qui pèse sur les betteraviers, c’est celle du marché, bien plus que celle de la jaunisse!» Il rappelle aussi que des alternatives respectueuses de l’environnement existent pour réguler les pucerons, et même d’autres insecticides beaucoup moins dangereux. En Suisse, le Parlement devra bientôt se prononcer sur la réintroduction des néonicotinoïdes. Pas impossible que nos élus soient, eux aussi, la cible d’une campagne agressive de désinformation par les lobbys agricoles.

Ces mêmes lobbys qui sont déjà en train de mettre le paquet pour faire capoter l’initiative populaire «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». L’Université de Saint-Gall, mandatée notamment par l’Union suisse des paysans (USP), vient de publier une étude assurant que l’interdiction de ces produits phytosanitaires ferait chuter la production indigène. Le rendement moyen étant plus faible, le taux d’auto-approvisionnement serait réduit d’un tiers, passant de 58% à 42%. Les auteurs alertent également sur une diversité de denrées suisses amoindrie, une aubaine pour les opposants qui agitent le spectre de la dépendance vis-à-vis de l’étranger... Pour les initiants, cette étude ne tient pas la route. Sachant qu’un tiers des aliments termine à la poubelle et que la moitié des terres cultivables est destinée au fourrage, ils maintiennent que la Suisse produit suffisamment, et qu’elle pourrait encore augmenter son activité agricole si l’on mangeait moins de viande. Produire peut-être moins, mais mieux, là est le vrai débat. Et c’est un choix politique.

L’étau se resserre pour les fabricants de pesticides. Le débat autour des produits phytosanitaires et de leur légitimité est de plus en plus présent dans nos sociétés occidentales. Reste encore les pays en voie de développement ou émergents, où Syngenta et consorts déversent massivement leur poison. Une récente étude de Public Eye* montre qu’en 2018, les pays de l’Union européenne y ont exporté plus de 80000 tonnes de pesticides pourtant interdits sur leur propre sol à cause des risques qu’ils présentent pour la santé et l’environnement... Mais le vent commence à tourner. Le Conseil fédéral vient d’interdire l’exportation de cinq pesticides bannis en Suisse, tels que le paraquat, et ce dès 2021. La France fera de même dès 2022, et la Commission européenne s’est saisie du sujet. Un premier pas, certes, mais capital, pour mettre fin à ce business d’une lâcheté sans nom, qui fait le beurre de quelques-uns au prix de la vie de millions d’autres.

*Plus d’infos sur: publiceye.ch