Le Black Friday ouvre une période noire dans la logistique

un employé DHL devant un camion plein de paquets
© Thierry Porchet

En temps normal, les conditions de travail dans les entreprises de logistique et dans les centrales d’achat sont déjà très précarisées. Le Black Friday, la période de l’Avent et la situation sanitaire décuplent les difficultés pour le personnel concerné.

La deuxième vague et les fêtes de fin d’année soumettent les travailleurs de la branche à une pression extrême. Unia et Syndicom veulent réguler le secteur

Après le confinement du printemps, les travailleurs de la logistique et des transports sont de nouveau soumis à de fortes tensions. «Cela dépasse ce qu’on pouvait imaginer. On doit dorénavant travailler le samedi pour débloquer un peu les paquets. Avec le Black Friday, on va connaître l’horreur la semaine prochaine», nous confiait vendredi une postière genevoise.

«Si cela ne durait qu’une journée… mais le problème est systémique et il s’est encore accentué il y a quelques semaines en raison du confinement et de l’approche des fêtes de fin d’année», indique Roman Künzler. Le responsable national de la logistique et des transports d’Unia a rencontré la semaine dernière, devant un dépôt, des salariés «qui travaillent 12 à 13 heures d’affilée sans pause et sans que les heures supplémentaires soient enregistrées et payées. C’est une réalité que nous rencontrons souvent, le vol salarial est très répandu dans cette branche, je ne connais pas une boîte où il n’existe pas de violations de la Loi sur le travail, des dispositions sur la protection de la santé et de la protection de la personnalité par la surveillance.»

Journées à rallonge

Même dans les entreprises qu’on imaginerait préservées du manque de régulation qui singularise le secteur, les conditions de travail ne sont pas faciles. «Nous travaillons de 5h du matin à 16h. Ce sont de longues journées qui commencent pour moi à 3h du matin», témoigne une salariée de Migros Online (ex-LeShop). Cette Vaudoise remplit les sacs à commissions livrés chez les clients pour un salaire brut de 3900 francs auxquels s’ajoutent de 400 à 700 francs de prime. «Pour le travail que nous réalisons, ce n’est rien du tout, mais nous n’avons pas le choix, nous devons bien travailler et il n’y a pas beaucoup d’offres, je suis restée moi-même un an et demi au chômage.» Il y a quelques semaines, les employés de Migros Online ont été surchargés de travail: «Nous avons reçu beaucoup de commandes, nous finissions à 18h, c’était infernal. Nous étions tellement épuisés qu’ils ont fini par bloquer les commandes.»

«Migros Online n’est malheureusement pas le pire, il existe des situations encore plus difficiles, notamment dans le transport de colis ou dans celui de meubles, avec parfois des journées de 12 à 14 heures de travail, déplore Aymen Belhadj, secrétaire syndical d’Unia Vaud en charge de la logistique. Les travailleurs sont sous pression pour livrer le plus rapidement possible, il y a un stress énorme, surtout durant cette période, leur vie privée doit même être mise en suspens. Du coup, ils sont épuisés, ce qui augmente les fautes et les accidents professionnels. Il est d’une grande importance que l’inspection du travail intensifie en ce moment sa présence sur le terrain.»

CCT et responsabilité solidaire

Devant cette situation, Unia et Syndicom, les deux syndicats de la logistique en Suisse, demandent l’introduction d’une convention collective de travail de force obligatoire, l’engagement de personnel supplémentaire, la revalorisation des salaires et des mesures visant à protéger la santé.

Sur le modèle du secteur de la construction, Unia propose également d’appliquer le principe de responsabilité solidaire des entreprises générales. «Face aux chaînes de sous-traitance, l’application dans la branche de la responsabilité solidaire est nécessaire, juge Roman Künzler. La compétition livrée sur le marché est en effet farouche, les employeurs ont clairement une stratégie de dumping, de coût bas de la main-d’œuvre, ils s’appuient souvent sur des systèmes de sous-traitance et de travail sur appel, le nombre de temporaires dépassant parfois 70% du personnel. Dans ces conditions, il est quasi impossible pour les salariés, qui ne sont souvent pas employés directement par un acteur de la branche, de connaître leurs droits et de les faire valoir. En outre, nous faisons face à une réponse patronale extrêmement antisyndicale avec une volonté de maintenir des bas salaires et un vide conventionnel.»

Dans l’immédiat, en reconnaissance du stress subi et des risques encourus, Unia exige le versement à tout le personnel de la branche d’une prime d’au moins 2000 francs.