La joie pour moteur

Isabelle Alexandrine Bourgeois avec son chien dans son camping-car
© Olivier Vogelsang

Isabelle Alexandrine Bourgeois, avec Lovski son compagnon de route, voit la vie en arc-en-ciel dans son camping-car baptisé Begoodee.

Journaliste nomade, Isabelle Alexandrine Bourgeois met en lumière la bonté humaine

Elle a une vie digne d’un roman d’aventures. Une petite enfance dans un château, une adolescence marquée par un kidnapping, un mariage au Caire, des métiers en tous genres – de la livraison de poisson au travail humanitaire – avec toujours le journalisme comme passion. Ces deux dernières années, Isabelle Alexandrine Bourgeois a sillonné les routes d’Europe et de Suisse, maniant le volant de son camping-car, la caméra, le micro, la plume, les crayons de couleur... Un chemin sans itinéraire pour rencontrer «des humains toujours bons» et redistribuer la joie qui l’habite en partageant films, articles, podcasts et dessins sur son site Joy for the planet* et ailleurs.

«Dans cette confiance, ce lâcher-prise, je laisse l’intelligence de vie me traverser. Et je rencontre ainsi toujours les bonnes personnes au bon moment», raconte la libertaire qui n’évite qu’une chose: les campings. Dans ses périples, le cœur sur la main, Isabelle Bourgeois offre de petites lampes solaires confectionnées par ses soins pour laisser une trace d’amitié, une lueur de joie.

Nomade dans l’âme, elle voyage même dans la sédentarité de son petit deux-pièces à Aubonne. «Ce n’est pas tellement le mouvement physique qui conduit ma vie. J’ai toujours l’impression d’être en voyage en essayant de me renouveler tous les jours. Je sors pour faire un achat et me voilà qui m’embarque en chemin sur une autre voie. C’est mon privilège d’indépendante, et de célibataire sans enfant. J’invente de nouvelles activités, je garde de la souplesse dans mes pensées. Mais j’ai des rituels, comme le café à 10h10, l’heure du sourire», explique l’hyperactive, pleine de gratitude pour la vie. «Je ne suis pas douée ni pour la méditation, ni pour le yoga. Ma joie s’exprime dans l’activité.»

Montrer la beauté

«Je suis sortie du moule, du conformisme, des grandes autoroutes professionnelles pour faire vraiment ce pour quoi je suis faite et ce que j’aime faire. On ne peut pas être dans une quelconque détresse – même financière – lorsqu’on est à l’écoute de nos valeurs profondes, de nos dons, de l’intelligence de vie qui passe en nous», explique l’anticonformiste, qui a lâché la cuillère en argent héritée de sa famille bourgeoise pour embrasser une vie mue par la passion. «J’ai dû me déprogrammer des croyances conventionnelles de mes parents, pour vivre ma vérité propre. J’ai toujours voulu être journaliste, mais j’ai vite compris que je ne voulais pas transmettre des informations anxiogènes. Mais, au contraire, montrer la beauté, révéler le trésor que chacun porte en soi.» Elle crée alors une association dédiée aux bonnes nouvelles et au tourisme étique: Planetpositive.

Une nouvelle voie pour celle qui a travaillé auparavant quinze ans dans l’humanitaire, avec des missions lors de conflits armés, au Kosovo, en Iran, en Irak ou encore en Ethiopie. En 2010, elle participe à la première Marche mondiale pour la paix. C’est à cette occasion, en Colombie, qu’elle rencontre celui qui a commandité le kidnapping de son père ambassadeur en 1984. Devenu gouverneur, l’ancien guerillero lui demande alors pardon. «J’ai fondu en larmes et nous nous sommes serrés dans les bras. Il n’y avait plus de bourreau, plus de victime», se souvient Isabelle Alexandrine Bourgeois. «Les humains veulent tous vivre en harmonie. C’est le système qui nous écrase, ajoute la joyeuse «anarchiste». Nous sommes dans une énergie infinie non séparée. Chacun joue son rôle dans cette évolution de conscience collective.»

L’amour

«La joie, la conscience, la liberté, la souveraineté sont les quatre piliers de mon existence qui pourrait se résumer en un seul mot: l’amour. Je crois foncièrement que nous sommes libres d’être souverain de notre destinée. Toutes les ressources sont en nous. Dès qu’on subit, on est esclave.» Isabelle Alexandrine Bourgeois sait de quoi elle parle. «Au Comité international de la Croix-Rouge, j’ai vécu du mobbing professionnel. C’est quand j’ai réalisé que je ne me respectais pas moi-même, que je ne m’aimais pas entièrement, que cela a cessé. Je me suis redressée dans ma dignité. Et n’ai plus jamais vécu ce genre d’emprise. Les autres sont des miroirs», raconte celle qui estime que ce travail sur soi n’empêche bien sûr pas de porter plainte contre l’auteur.

Positive, optimiste née, elle ne renie pas ses moments de détresse, de tristesse, de colère. «Il s’agit de vivre ses mouvements de l’âme dans un chemin de guérison permanent, de purger au fur et à mesure. Oser se laisser traverser par ses émotions négatives, mais ne pas les laisser s’installer. Ce qui me réconforte? La nature, la visualisation de beaux moments, et la bouffe», lance en riant la gourmande invétérée, également adepte de longues balades avec son chien. Convaincue que l’humanité se réveille, elle croit au pouvoir de la pensée positive. Dans ce sens, l’utopiste vient de cocréer un site où chacun peut rédiger son rêve pour la planète de demain**. «Je crois que d’ici à une vingtaine d’années, les gouvernements se seront effondrés, nous n’aurons plus besoin ni de religions ni d’armées, que les humains s’auto-organiseront pour le partage des ressources en se reconnectant avec leur origine naturelle cosmique. Je suis très confiante. Cette renaissance est comme un accouchement. Il y a des douleurs inhérentes à l’enfantement. C’est un passage obligé, durant lequel il ne faut jamais perdre de vue la sortie du tunnel.»

*joyfortheplanet.org

**lalettreinfinie.ch