Et maintenant…

Drôle de démocratie que cette Suisse qui donne à 7000 Uranais votant non autant de pouvoir qu’à 250000 Zurichois disant oui… Les petits cantons ont fait basculer dimanche la victoire de l’initiative pour des multinationales responsables dans le camp du rejet. Et les tenants de l’économie libérale, de la compétitivité à tout prix, ont gagné leur pari d’investir des millions contre cette initiative dans les cantons de Suisse centrale ayant un fort poids électoral.

L’initiative a toutefois remporté le soutien de la majorité des citoyennes et des citoyens ayant pris part au vote. Avec 37500 voix d’avance, elle a décroché 50,7% de oui. La défaite est donc amère pour tous ceux s’étant engagés depuis des mois et même des années, pour que les sociétés multinationales, qui choisissent nos frontières et ses fiscalités dignes des meilleurs paradis fiscaux, rendent des comptes et acceptent d’être un brin plus respectueuses des droits humains et des règles environnementales.

Cette initiative a eu le mérite de mettre à nu les agissements de certaines de ces sociétés, criant à la diffamation lorsque des ONG publient des faits sur leurs exactions dans les pays du Sud. La peur les a fait trembler. Peur de quoi? De perdre quelques plumes en bourse? Peur pour leur «image»? Ou peur d’être amenées à rectifier leurs politiques? Glencore en a fait la piteuse démonstration, affirmant dans des pages entières de publicité que ses pratiques sont blanches comme neige. Que la société n’a aucun contrôle sur les conditions de travail dans les coopératives boliviennes qui la fournissent en matières premières. Des coopératives employant des enfants, dès onze ans, comme l’avait révélé Public Eye. Glencore qui a aussi tenté de museler l’ONG en saisissant la justice. Mais s’est fait débouter juste avant la votation par le Tribunal cantonal de Zoug qui a refusé sa demande de mesures super-provisionnelles.

D’autres multinationales ont aussi tenté de faire part de leur engagement en matière d’obligations internationales. A l’exemple de Nestlé dont le président du conseil d’administration a dit combien son entreprise se souciait du travail des enfants. Dans les colonnes de 24heures, il expliquait que 80000 enfants vivent dans les plantations de cacao en Afrique de l’Ouest. Sur ce nombre, Nestlé en avait identifié 18000 «exposés à des travaux dangereux ou lourds». 10000 d’entre eux ont été scolarisés, 8000 étant encore, selon ses termes, «exposés». Et qu’en est-il des dizaines de milliers d’autres, n’effectuant pas des travaux dangereux ou lourds?

Le travail des enfants est un fléau planétaire. L’initiative pour des multinationales responsables a remis cette question, comme d’autres abus, sur le devant de la scène. Poussant certaines sociétés à se positionner en faveur du respect des droits humains. De grandes déclarations risquant de ne pas être suivies d’effets… Une fois l’effervescence de la campagne retombée, ces entreprises vont poursuivre leur recherche de profit maximal, sans égard ni pour les enfants, ni pour les travailleurs, ni pour la planète. La lutte pour faire cesser l’exploitation doit continuer. D’autres moyens doivent être trouvés. Le monde d’après tant espéré par ceux qui se sont engagés pour l’initiative, le monde d’après tant débattu durant le premier confinement, ce monde d’après est encore à conquérir. L’humanité en a besoin, plus que jamais.