ABB Sécheron ne sera pas délocalisé, les travailleurs ont gagné!

Mobilisation devant l'usine en automne 2017.
© Thierry Porchet

Grâce à leur lutte et à l’occupation de leur usine en automne 2017, les travailleurs d’ABB ont réussi à stopper la délocalisation des transformateurs de traction ferroviaire.

La production de transformateurs de traction reste dans le canton de Genève, une centaine d’emplois sont sauvés

ABB renonce à délocaliser la production de transformateurs de traction ferroviaire en Pologne. Le Canton de Genève l’a annoncé jeudi dernier: 85 postes de travail et des dizaines d’emplois temporaires sont maintenus sur le site de Meyrin.

A l’automne 2017, le groupe zurichois avait annoncé sa décision de déplacer une partie de la production de sa filiale genevoise, ABB Sécheron, en Europe de l’Est, mettant fin à une aventure industrielle commencée il y a plus de 130 ans dans les Ateliers Sécheron et menaçant surtout plus de cent emplois. Mobilisés et déterminés à sauver leurs jobs, les travailleurs avaient débrayé quelques heures, mais la Convention collective de l'industrie des machines interdit formellement un tel moyen de lutte. Soutenu par Unia, le personnel avait choisi de jouer le jeu de la procédure de consultation prévue lors d'un licenciement collectif. Sauf que, fait inédit, l'ensemble des salariés avait choisi d’y participer et de ne pas laisser ce rôle à une simple délégation. Durant six jours, plus de 150 salariés s’étaient consultés sur l'avenir de leur usine, la production était de fait complètement arrêtée. «On commençait à 7h du matin en nous répartissant dans des groupes de travail, pour finir à 16h avec une heure de pause à midi, comme une journée de travail normale, mais en plus éprouvant. Nous listions les informations à obtenir de la direction et rassemblions des idées pour augmenter la productivité», racontait alors un ouvrier à L’Evénement syndical. Grâce à ces six jours d’arrêt de production, plus les deux jours du week-end durant lequel l’occupation n'avait pas été levée, les salariés et leur syndicat avaient obtenu l’ouverture d’un cadre de négociations avec la direction et la prolongation du délai de consultation. A l’issue de cette période, ils avaient présenté un plan d’action permettant le maintien de l’intégralité des emplois sur le site. La direction avait repris quelques idées avancées par les salariés, tel le centre de compétences pour la mobilité durable, et accordé des concessions au personnel. La délocalisation était désormais menée en 24 mois, contre 18 initialement, et sans licenciements durant l’année 2018.

Ensuite de quoi, le transfert des activités a été repoussé à diverses reprises, le groupe éprouvant semble-t-il de la peine à lancer la production en Pologne, alors que le carnet de commandes d’ABB Sécheron restait bien garni. Ces dernières années, le site a développé de nouvelles compétences, c’est de là qu’est sortie la technologie «TOSA» (pour Trolleybus Optimisation du Système d’Alimentation), qui permet aux bus électriques de se recharger sans câble aux arrêts et en un temps record. Et, entretemps, ABB a cédé 80% de sa division d'équipements pour réseaux électriques à Hitachi. Le groupe japonais sera dans quelques mois le nouveau propriétaire d’ABB Sécheron.

Une lutte impressionnante

Secrétaire régional d’Unia Genève, Alessandro Pelizzari ne peut que se réjouir du sauvetage des emplois. «C’était la revendication principale ayant mené en 2017-2018 à une des luttes les plus impressionnantes que j’ai accompagnées. Les travailleurs ont occupé l’usine pendant huit jours, c’était du jamais-vu. Ils disaient que cette délocalisation ne faisait aucun sens, deux ans plus tard, on leur donne raison, les emplois sont préservés, ils sont de fait gagnants et on ne peut en être que satisfait, commente le responsable syndical. Il faut toutefois dire deux mots sur la gabegie provoquée par la direction du plus grand groupe industriel de Suisse. En 2017, elle imposait cette délocalisation pour l’année suivante, puis, après avoir rencontré une série de problèmes techniques et logistiques, en repoussait l’échéance presque de mois en mois, avant que les nouveaux dirigeants ne décident d’arrêter tout ce cirque. C’est juste délirant pour une entreprise de cette taille. Il ne faut pas sous-estimer la souffrance générée auprès du personnel. Après le choc de 2017 de perdre leur emploi, les salariés ont été tenus dans le flou pendant plus de deux ans, un nombre important d’entre eux sont tombés en arrêt maladie. Je pense que c’est irresponsable de la part des anciens dirigeants vis-à-vis de la santé de ces collaborateurs.»