Paysans, paysannes, mobilisez-vous!

Migros fait son beurre à l’étranger. Peut-être avez-vous aperçu à Migros ce sticker collé sur des plaques de beurre apparu entre fin novembre et début décembre? «Pénurie de matière première, lieu de production temporaire Union européenne», y lit-on. En raison de trop faibles livraisons de lait suisse, les stocks de crème n’auraient en effet pas été suffisants pour répondre à la demande de fin d’année, si l’on en croit le porte-parole du géant orange. De quoi mettre en boule les producteurs, à qui les grands acheteurs et les transformateurs agitent l’épouvantail de la surproduction lorsqu’ils réclament d’être payés un franc par litre de lait pour vivre dignement. Ces dernières années, certains n’ont perçu que 35 centimes. L’épisode de l’autocollant semble toutefois montrer que les acteurs qui déterminent les lois du marché laitier n’entendent pas jouer le jeu de l’offre et de la demande. La combine paraît simple: si on ne peut pas se fournir à très bas coût en Suisse, on achète à l’étranger. Et on reste gagnant à tous les coups lorsque, comme ici, le prix de ces plaquettes de beurre tiré d’un lait aux normes moins sévères n’est pas baissé.

Les fermes ferment. En l’an 2000, la Suisse dénombrait quelque 40000 fermes laitières, on est passé sous la barre des 20000 en 2018. Chaque jour, deux exploitations ferment leurs portes et, à ce rythme, on n’en comptera plus d’ici à la moitié du siècle. Les producteurs laitiers sont pris dans une logique implacable: pour espérer s’en sortir, ils doivent produire toujours plus, manger leur voisin, s’endetter… jusqu’à la faillite ou le burn-out. Et il n’y a pas que le lait qui tourne mal. En raison de la signature à tour de bras d’accords de libre-échange par le Conseil fédéral, les importations de plus en plus massives soumettent nos agriculteurs, éleveurs, maraîchers et viticulteurs à une concurrence toujours plus forte, tandis que les exigences accrues en termes de qualité et de durabilité augmentent encore la pression sur eux.

Le manifeste du parti paysan. A l’instar des grèves féministes et pour le climat, à quand une grande journée d’action du monde paysan? Dénonçant «le libre marché qui détruit, dans le monde entier, la paysannerie et le climat et la société dans son ensemble», Uniterre vient justement de lancer un manifeste «pour un marché juste et équitable». Au travers de ce texte, qui ne s’adresse qu’aux paysans et qui sont les seuls invités à signer, le syndicat cherche à fédérer les travailleurs de la terre autour de «valeurs communes» et peser ainsi sur la révision de la politique agricole prévue en 2022. Ou, comme le dit simplement le manifeste, «pour que nous tous, paysans, paysannes, nous reprenions le pouvoir sur notre avenir».