Merci aux horlogers de Rolex de sauver «Le Temps»

Le Temps devrait continuer à paraître au moins encore quelques années, la bourgeoisie lémanique ayant trouvé les moyens de racheter à Ringier son média de «référence» en difficulté. Le successeur du Journal de Genève, de la Gazette de Lausanne et du Nouveau Quotidien est repris par la fondation Aventinus. Cette structure à but non lucratif visant à soutenir une presse «diversifiée» bénéficie de dotations d’autres fondations et de «mécènes privés». La fondation Hans Wilsdorf est sans doute le principal contributeur parmi eux. Richement pourvu par le groupe Rolex, ce ministère de la culture bis à Genève, fait pleuvoir des millions sur le bout du lac. Une générosité appréciable, qui reste, ne le perdons pas de vue, le fruit du travail des salariés de la marque à la couronne. On peut donc remercier les horlogers de participer à ce sauvetage, à la préservation de la presse et, finalement, au fonctionnement de la démocratie. Reste que la direction de Rolex pourrait se montrer parfois un peu plus altruiste envers le personnel, elle qui lui a imposé cette année des vacances forcées en violation de la CCT. A Pâques, quatre jours ont été pris sur les vacances des travailleurs alors qu’en plein confinement les ateliers étaient fermés.

Quelle coloration prendra cette «diversité» revendiquée par Aventinus? Lancée l’année dernière, la fondation est présidée par François Longchamp. Entre 2005 et 2018, ce conseiller d’Etat genevois a transformé radicalement l’aide sociale du canton. Consacrant l’aide au mérite, l’élu PLR a réduit drastiquement les forfaits d’assistance, aggravant la précarité dans laquelle se débattent des familles et des individus. A l'appui d’une sous-enchère salariale, il a aussi œuvré à développer les capacités de l’aéroport (et ses nuisances pour l’environnement) et à le transformer en un laboratoire de privatisation des services publics, comme le dénonce depuis longtemps le SSP. Si Le Courrier a reçu une petite aide d’Aventinus, on ne s’étonnera guère que l’essentiel de la manne ait pour le moment été offerte au Temps et à Heidi.news. Ce pure player, dont les prétentions semblent inversement proportionnelles à son apport journalistique au paysage médiatique romand, devrait tomber prochainement dans l’escarcelle d’Aventinus qui détient déjà 5% du capital. Des «synergies» entre les deux médias sont déjà annoncées par la fondation.

Des «synergies», Eric Hoesli, le président du futur conseil d’administration du Temps nommé par Aventinus, a eu l’occasion d’en mener en tant que responsable des publications régionales de Tamedia. «Synergies» souvent synonymes de réductions d’effectifs que l’ancien journaliste a accompagnées. Dans le groupe de travail chargé d’assurer la transition, il retrouvera Tibère Adler, qui après avoir sévi comme directeur général d'Edipresse, puis comme responsable romand du lobby ultralibéral Avenir Suisse, est l’un des actionnaires de Heidi.news. Souhaitons malgré tout une longue vie au Temps et pas trop de «synergies» à son personnel.