«Libérez les détenus du Hirak!»

Rassemblement sur la place des Nations à Genève.
© Thierry Porchet

«Nous avons marché pour porter la voix des détenus d’opinion», a lancé une militante, dimanche à Genève. Après un périple d’une semaine, les participants à la marche se sont rassemblés sur la place des Nations, rejoints par des Algériennes et Algériens de plusieurs pays d’Europe.

Des militants de la diaspora algérienne, parmi eux le syndicaliste indépendant Raouf Mellal, ont manifesté dimanche à Genève après une marche d’une semaine

Quelque trois cents activistes de la diaspora algérienne, venus de France, des Pays-Bas ou encore d’Italie et soutenus par des personnes solidaires de Suisse et de syndicats internationaux, ont manifesté dimanche dernier sur la place des Nations à Genève pour dénoncer les violations des droits de l'homme et les détentions arbitraires en Algérie, et exiger la libération immédiate et inconditionnelle des détenus politiques. Cette manifestation est l’aboutissement d’une marche partie le samedi 15 août de Chambéry en France voisine. Une vingtaine de militants algériens y ont participé et prévoyaient de remettre, ce lundi 24 août, une lettre à Michelle Bachelet, haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies.

Parmi les marcheurs, le syndicaliste algérien Raouf Mellal, président de la Confédération syndicale des forces productives (Cosyfop) et du Syndicat national autonome des travailleurs de l'électricité et du gaz (Snateg). Joint par téléphone entre deux étapes, il explique l’objectif de cette action: «Nous marchons vers Genève pour interpeller les institutions internationales, en particulier le Groupe de travail pour les détentions arbitraires du Haut-commissariat des droits de l’homme qui se réunit dès le 24 août, afin qu’il agisse face à la situation gravissime en Algérie.» Lui-même victime de représailles et d’arrestations, condamné à de la prison ferme pour ses activités syndicales et politiques dans le Hirak – ce formidable mouvement populaire en faveur de la démocratie né le 22 février 2019 –, il indique que malgré l’arrêt des manifestations en mars en raison du Covid-19, la répression se poursuit et s’aggrave. En témoigne la récente condamnation à trois ans de prison ferme du journaliste Khaled Drareni, parce qu’il avait couvert un rassemblement populaire.

«Sa condamnation a été dictée par les militaires, qui sont derrière le président Tebboune, désigné en décembre dernier», note Raouf Mellal. Le président algérien avait, avant le procès, déclaré que le journaliste, correspondant de Reporters sans frontières et de TV5 Monde, faisait «un travail identique à celui d’un espion». Une même accusation a été portée contre Raouf Mellal, dont le syndicat avait déposé une plainte auprès du Comité de la liberté syndicale de l’OIT (Organisation internationale du travail).

«J’ai été arrêté à plusieurs reprises, j’ai subi une maltraitance et une violence incroyables, poursuit le syndicaliste. La cause des détenus est primordiale. Leur libération serait un acquis pour le Hirak, pour la démocratie et pour le peuple algérien dans son ensemble.» Il se réjouit qu’à mi-parcours de la marche, douze détenus ont été libérés. Cependant, vendredi dernier, de nouvelles incarcérations ont eu lieu. «Nous demandons qu’ils les relâchent tous. Mais nous, syndicalistes, nous continuerons à marcher pour les libertés syndicales. Nous subissons une double répression: un harcèlement sur le lieu de travail, avec des centaines de licenciements à la clef, et la répression policière lorsqu’on défend les droits démocratiques.» Pour lui, le syndicalisme indépendant est un moteur du Hirak.

Retour du mouvement populaire?

Le mouvement va-t-il renaître après la crise sanitaire qui a fait exploser le chômage et laminé le travail informel, représentant jusque-là environ 40% de l’économie? «Le pouvoir a instrumentalisé le Covid-19 d’une manière incroyable. Le confinement est devenu un couvre-feu, entre 18h et 8h du matin. C’est un grand dérapage, les détentions se sont multipliées. Et dans le même temps, les foules qui se pressent pour trouver un peu de pain n’ont aucune protection. Avec ce virus, le pouvoir a trouvé l’occasion d’anéantir l’opposition et de faire peur aux citoyens. Le virus se propage avec une puissance incroyable, avec des milliers de cas.»

Raouf Mellal ajoute que le gouvernement n’a pas l’intention de déconfiner. «De plus, on le voit aujourd’hui, il n’a pas l’aptitude à gérer cette crise sanitaire. Le Hirak va revenir en force pour pousser vers une vraie démocratie.» Selon le syndicaliste, la population en a assez des dirigeants dont les actes sont dictés par l’armée. «Nous voulons protéger nos concitoyens de la violence, les groupes militaires sont connus pour anéantir tout mouvement vers la démocratie. C’est pour cela que nous interpellons les institutions internationales et appelons toutes les organisations défendant les droits de l’homme et les syndicats à être solidaires avec le mouvement algérien pour la démocratie.»

Comme l’a rappelé dimanche sur la place des Nations une des marcheuses, il ne s’agit pas d’ingérence dans la politique algérienne, mais d’un rappel à son gouvernement que «l’Algérie a signé des pactes internationaux, mais depuis le 22 février 2019, ils ont été violés à de nombreuses reprises».