Le meilleur pour la suite

Ces dernières années, les scientifiques nous l’ont répété mille fois: pour contrer le changement climatique, il nous faut rapidement et fondamentalement changer de mode de production et de consommation. A force qu’on nous le rabâche, nous en avons pris conscience, mais, avouons-le, la majorité d’entre nous traînait un peu les pieds, bien contents qu’on remette à 2030, 2040 ou 2050 la neutralité carbone et d’autant les efforts à entreprendre. L’idée de décroissance n’était pas synonyme d’un avenir heureux. Faute de croissance, on nous promettait le déclin. Et on ne voyait pas très bien non plus comment s’y prendre dans le cadre du marché et sous la chape de plomb de l’idéologie libérale. Jusqu’à l’ouverture de la période Covid-19, qui a constitué comme une forme de répétition générale: la nécessaire réorientation écologique est soudainement apparue possible à mettre en œuvre et même désirable.

En quelques jours, des branches économiques entières ont été mises à l’arrêt, des mesures sanitaires drastiques imposées, on a sorti des dizaines de milliards de francs pour soutenir l’économie et financer le chômage partiel de près de deux millions de salariés, tandis que des centaines de milliers d’autres passaient au télétravail. Ce qui a été accompli aujourd’hui sans trop de difficultés dans le cadre de l’urgence sanitaire peut être réalisé demain au nom de l’urgence climatique. Tel l’OFSP, un «Office fédéral de la transition écologique» pourra montrer la voie pour décarboner notre économie, nos transports et nos chauffages, réduire notre consommation, relocaliser la production industrielle ou encore développer une agriculture respectueuse de l’environnement et des animaux. Les tâches ne manqueront pas, elles ne sont pas insurmontables. Bien sûr, cela nécessitera de changer nos habitudes, de partager mieux les richesses, le travail et les revenus. Dans cette perspective, il est inévitable que certains freinent des quatre fers. Mais au final, nous serons tous gagnants.

Durant le confinement, nous avons consommé moins, nous nous sommes moins déplacés, nous avons ralenti, plus personne n’a pris Easyjet pour passer le week-end à Barcelone… Nous étions tout de même loin de la vie dans les pays de l’Est! (Sauf pour le papier WC.) Nous avons été nombreux à apprécier cette période. L’air était pur, le ciel bleu, en pleine ville, nous entendions les oiseaux chanter et même les abeilles battre des ailes. Nous avons eu l’occasion de réapprendre à vivre et à jouir pleinement de la vie. Ce n’était certes pas rose pour les travailleurs en première ligne et d’autres, qui n’étaient pourtant pas au front, ont mal vécu cette période. Le coronavirus a mis en lumière la dureté de bien des professions, la pauvreté de certaines de nos existences, l’exiguïté de nos logements, l’urbanisme médiocre de nos villes et la nullité de bien des loisirs. Il faut changer cela et non revenir à l’anormal.

Sur les balcons, nous avons applaudi les infirmières et tous les travailleurs et les travailleuses dont nous ne pouvons nous passer. Nous avons laissé des messages gentils à l’intention des facteurs et des livreurs, parlé à des vendeuses à qui nous n’avions jamais adressé la parole, offert des produits alimentaires à des démunis et livré des commissions à des personnes âgées. Nous avons renoué avec la solidarité. Maintenant, à la faveur de l’urgence climatique, s’offre à nous la possibilité de construire une société plus fraternelle où il fait bon vivre. L’avenir peut nous réserver le meilleur comme le pire. Choisissons résolument le meilleur.