La priorité: protéger les travailleurs et les emplois

Chantier.
© Olivier Vogelsang

La protection des travailleurs et des places de travail doit être au centre des préoccupations, que ce soit dans la construction, le tertiaire ou dans tous les autres secteurs, exige la faîtière des syndicats genevois, alors que la deuxième vague de coronavirus s’est abattue sur le canton et sur la Suisse.

Les syndicats genevois se mobilisent face à la deuxième vague de Covid-19 et aux décisions prises par le Conseil d’Etat. Outre la protection de la santé des employés, sur les chantiers, dans le nettoyage ou dans toute autre activité encore à l’œuvre, ils exigent des mesures pour sauvegarder les emplois, les revenus ainsi que les droits syndicaux. Un plan de relance est proposé

En pleine deuxième vague de Covid-19 et juste après l’annonce de semi-reconfinement du canton, la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) a tenu une conférence de presse pour réagir à ces annonces, mais aussi communiquer ses revendications dans ce contexte de crise sanitaire, économique ainsi que climatique. Pour la faîtière, ce n’est pas aux travailleurs de payer les conséquences de cette crise. Au contraire, leur protection doit être prioritaire.

Face à l’urgence sanitaire, les syndicats soutiennent la fermeture des activités non essentielles, mais rappellent que les craintes sont très présentes sur les lieux de travail actifs, en matière de contagion mais aussi de perte d’emploi. Si la situation n’a rien à voir avec celle du printemps et que la plupart des entreprises ont mis en place des mesures de protection pour leurs salariés, des cas crasses continuent à être dénoncés. «Encore début novembre, Unia a dû intervenir et faire cesser le travail dans une entreprise de nettoyage qui ne fournissait ni masque ni gel hydroalcoolique à ses employés, alors que dix cas de Covid-19 et un décès avaient été recensés», déplore Alejo Patino, vice-président de la CGAS. Dans une prise de position adoptée le 27 octobre, le comité de la CGAS rappelle la nécessité de renforcer la protection des travailleurs, et ce sur quatre axes.

Santé

«Si les mesures de protection ne sont pas respectées, les autorités doivent pouvoir restreindre ou interdire les activités», liste le syndicaliste. Les syndicats demandent par ailleurs l’aménagement des horaires de travail pour échelonner les pauses et réduire le nombre de personnes présentes en même temps, mais aussi le maintien de l’offre en transports publics. «Nous demandons que du gel soit mis à disposition à bord, souligne Alejo Patino. Le télétravail doit être organisé partout où il est possible et accepté, dans le respect des horaires usuels.» La CGAS exige également que les personnes vulnérables puissent travailler depuis chez elles et, le cas échéant, qu’elles soient libérées de leur obligation de travail. «Enfin, nous demandons que les entreprises consultent leur personnel en matière de mesures de protection et que les contrôles de l’Inspection cantonale du travail et de l’Inspection paritaire des entreprises (IPE) soient dirigés prioritairement sur le respect de ces principes», insiste le vice-président.

Salaires

En matière de protection des salaires, les syndicats genevois refusent toute baisse de salaire, y compris dans la fonction publique. «Nous revendiquons le paiement à 100% des salaires pour les travailleurs au bénéfice des RHT, en quarantaine ou sans solution de garde pour leurs enfants», expose Alejo Patino, qui rappelle que de nombreuses multinationales auraient les moyens de soutenir leurs employés mais n’ont fait «aucun effort». Autre exigence, la prise en charge par l’employeur de l’intégralité des frais liés au télétravail et, évidemment, l’application immédiate du salaire minimum légal, même pour les entreprises en RHT. «Protéger les salaires, c’est maintenir la consommation et éviter une crise économique d’ampleur.»

Emplois

Pour empêcher les fermetures d’entreprises et l’explosion du taux de chômage, il est en outre urgent de protéger les emplois. Dans ce cadre, la CGAS demande le maintien et l’élargissement du droit aux RHT pour tous, même pour les contrats de travail atypiques. «De même, il est impératif que les licenciements soient interdits dans les entreprises qui jouissent des RHT, martèle Alejo Patino. Et que les APG et les aides pour les indépendants soient réactivées.» La faîtière syndicale invite également à l’ouverture du débat sur les loyers commerciaux, qui pourraient être revus à la baisse en fonction de la perte du chiffre d’affaires. «On appelle à des actes de solidarité de la part de tous, mais jusqu’ici, les propriétaires immobiliers ont été passablement épargnés dans cette crise», lance Davide De Filippo, président de la CGAS.

Droits syndicaux

Enfin, cette pandémie et les mesures exceptionnelles qui en découlent ne doivent pas porter atteinte aux droits syndicaux qui restent fondamentaux, rappellent les syndicats. «Aujourd’hui, on reproche aux travailleurs qui osent s’emparer de leurs droits de tirer sur l’ambulance», s’indigne le syndicaliste, qui ajoute: «Si ces droits restent inchangés, il est néanmoins de plus en plus difficile de les exercer.» Partant, la CGAS rappelle que les libertés syndicales ne doivent pas faire l’objet de restrictions. «Le droit à l’information et à la consultation des travailleurs doit être respecté, tout comme le maintien du droit de réunion et de manifestation adapté aux mesures strictes de protection.»

Le plan de relance de la CGAS

La CGAS a aussi révélé son Manifeste pour l’emploi, fruit de réflexions de longue date, qui se sont accélérées lorsque la crise sanitaire a éclaté, et également réponse aux employeurs qui profitent de la crise pour justifier leur volonté de déréguler massivement le marché du travail ou de réduire le rôle de l’Etat.

Le document se décline en quatre volets. D’abord, la stimulation de la relance par des hausses de salaires, et donc de la consommation. «Un petit pas a été fait avec le salaire minimum à Genève, mais des augmentations doivent être négociées dans les branches non concernées, notamment dans les soins», revendique Davide De Filippo, président de la faîtière, qui exige de fait l’abandon des mesures déflationnistes annoncées dans la fonction publique.

Le Manifeste propose deuxièmement de partager l’emploi en réduisant significativement la durée du travail. Les effets seraient multiples: créer de l’emploi, mieux concilier vie professionnelle et vie privée, et favoriser l’égalité à travers une meilleure répartition des tâches au sein du foyer.

Les syndicats invitent par ailleurs à miser sur une nécessaire reconversion économique, passant par la création d’emplois sanitaires, sociaux et écologiques. «Pour cela, il faut une politique volontariste de la part des autorités, insiste le responsable syndical. Nous devons investir dans des secteurs largement sous-estimés, tels que la mobilité douce, les énergies renouvelables, la rénovation thermique des bâtiments ou encore le recyclage des déchets, qui pourront générer des milliers d’emplois, plus ou moins qualifiés. L’aéroport de Cointrin, qui traverse une crise de taille et mettra des années à s’en remettre, pourrait accompagner ses employés vers une reconversion professionnelle, mais il faut de la volonté...»

Enfin, le Manifeste appelle à resserrer les mailles du filet de la protection sociale. «Il faut revoir la Loi fédérale sur le chômage afin que l’indemnisation soit facilitée et rallongée dans la durée, et empêcher que les travailleurs précarisés soient lésés, explique Davide De Filippo. Le souci, c’est que cette loi contraint le demandeur d’emploi à retrouver un poste dans son secteur, alors que des branches comme le tourisme, l’hôtellerie ou le trafic aérien auront des pertes d’activité durables.»

La CGAS demande en outre une protection accrue des travailleurs âgés ainsi qu’un renforcement des droits en matière de licenciements collectifs en abaissant les seuils légaux obligeant à négocier un plan social.

Le Manifeste sera adressé aux associations patronales et aux autorités politiques.

Plus d’infos sur: cgas.ch