Grève du 14 juin, mode d’emploi

Manifestation du 14 juin 2021 à Lausanne.
© Olivier Vogelsang

Malgré les grandes mobilisations de 1991 et de 2019 et des manifestations chaque année, comme ici, en 2021, à Lausanne, l’égalité n’est toujours pas concrétisée dans notre société.

A l’approche de la grande grève féministe, quels sont mes droits et mes devoirs envers mon employeur? Aude Spang et Virginie Ribaux donnent leurs conseils

Dans moins de deux mois aura lieu la grève des femmes du 14 juin. Une nouvelle grande mobilisation après celle de 1991 et celle de 2019 qui, malgré des centaines de milliers de femmes dans les rues du pays, n’ont pas apporté l’égalité concrète dans notre société.

Unia est plus que jamais sur le front pour soutenir et organiser les femmes dans cette lutte, mais peut-être qu’à ce jour, quelques questions restent encore sans réponse. En tant que gréviste, quels sont mes droits et mes devoirs?

Aude Spang, secrétaire Egalité pour Unia, et Virginie Ribaux, juriste à la région d’Unia Neuchâtel, guident les intéressées pour se préparer au mieux à cette journée de mobilisation. Entretien.


Je souhaite faire grève le 14 juin prochain: quelles sont mes obligations envers mon employeur?

Avant toute chose, on ne fait pas grève toute seule! La grève est une action collective et syndicale, qui s’organise avec ses collègues sur la base de revendications communes. Faire grève seule est dangereux, car il n’y a pas de rapport de force face au patron.

Il faut respecter certaines conditions pour que la grève soit licite: 1) il faut qu’elle porte des revendications concernant les conditions de travail; 2) elle doit être soutenue par un syndicat; 3) il faut d’abord tenter de faire aboutir les revendications par la négociation; 4) la grève doit être proportionnée et utilisée en dernier recours, c’est-à-dire qu’elle est déclenchée après l’échec des négociations ou d’une médiation avec le patron.

Il s’agit donc de s’organiser avec les collègues, d’établir ensemble, voire avec le syndicat, des revendications visant à améliorer les salaires ou les conditions de travail, puis de contacter le syndicat pour qu’il serve d’intermédiaire auprès du patron afin de tenter de négocier l’aboutissement des revendications. Si ces dernières sont acceptées, tant mieux et on utilise le 14 juin pour célébrer cette victoire! Si ce n’est pas le cas, ce qui est le plus probable, alors on fait grève collectivement le 14 juin.


Mon employeur peut-il refuser ma volonté de faire grève?

On ne demande pas la permission de faire la grève, on la déclenche si les négociations n’aboutissent pas. Ainsi, ce n’est pas au patron de décider si vous pouvez faire grève, mais c’est votre décision collective, en consultation avec le syndicat. Dans certains lieux de travail, une grève n’est pas envisageable entre les collègues. Dans ce cas, un certain nombre de femmes organisent plutôt une action ou une pause prolongée, puis vont participer ensemble à la manifestation du soir. C’est le patron qui décide dans quelle mesure il autorise une telle action, et il vaut mieux demander au syndicat de négocier cette autorisation avec le patron plutôt que les travailleuses s’exposent directement.

Si vous ne pouvez pas vous organiser avec les collègues, que le patron n’accepte rien ou que pour une autre raison rien n’est possible, mais que vous aimeriez avoir la journée libre pour participer aux diverses actions et manifestations, la dernière option est de poser un congé classique. Nous encourageons toutefois toutes les femmes à s’organiser collectivement avec leurs collègues, femmes comme hommes, pour revendiquer des améliorations de leurs conditions de travail le 14 juin.


Est-ce que mon salaire sera versé ce jour-là?

Il n’existe pas de droit au salaire pour un employé qui participe à la journée du 14 juin. Certains employeurs paient toutefois ce jour aux employées et aux employés qui souhaitent y participer. Comme pour toute grève soutenue par les syndicats, ceux-ci peuvent payer à leurs membres une indemnité de grève en cas de perte de salaire due à une action de lutte collective organisée avec le syndicat. Pour cela, il faut cependant impérativement être en contact avec le syndicat en amont de la lutte.


Que faire si mon employeur me menace de représailles?

La force collective et la participation du plus grand nombre de collègues est aussi la meilleure protection contre toute tentative d’intimidation de la part de l’employeur! Le syndicat servant d’intermédiaire est également une protection. De plus, la participation massive aux manifestations du 14 juin 2023 à travers toute la Suisse servira aussi de protection, rendant d’éventuelles représailles moins tolérables et plus facilement combattables. Mais le conseil principal que nous pouvons donner est d’essayer de convaincre le plus de collègues possible de se joindre à vous, afin d’être forts et fortes ensemble.

Par ailleurs, nous vous conseillons de passer par le syndicat pour obtenir un soutien, mais aussi d’avoir des échanges écrits en cas de menaces. Si votre employeur émet ces menaces à l’oral, vous pouvez, pour vous prémunir, revenir sur ses dires en les résumant dans un courriel envoyé aux ressources humaines de votre entreprise. Quoi qu’il arrive, en cas de menace de représailles, la mise en place d’un dialogue est conseillée afin d’éviter tout conflit futur. Il s’agira ainsi de prendre contact avec votre syndicat afin d’entamer une discussion avec votre employeur et de l’informer sur les enjeux découlant de la mobilisation durant cette journée.


J'ai peur de faire grève, comment puis-je participer au 14 juin autrement?

Il y a différentes manières de participer au 14 juin, et pas de bonne ou de mauvaise manière.

Il existe d'autres moyens de se solidariser avec la grève, même sans arrêter complètement le travail: par exemple en organisant une discussion sur l’égalité durant la pause, en portant le badge de la grève durant la journée ou en s’habillant de violet, en placardant des affiches dans l’entreprise, etc. Appeler à la mobilisation de fin de journée, afin que celle-ci soit la plus grande possible est aussi important! Organisez-vous pour participer à la manifestation ensemble en faisant un «bloc» de collègues de votre entreprise ou de votre branche, avec vos propres pancartes ou banderoles préparées en avance. Bref, parlez de la grève féministe avec vos collègues, vos représentantes et vos représentants du personnel, votre syndicat, vos proches!