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A Almeria, les droits des travailleurs sont toujours bafoués

Manifestation à Almeria.
© Joanna Moreno Michels/FRC

Une manifestation exigeant la réadmission de tous les travailleurs licenciés et l’annulation des sanctions a eu lieu pour dénoncer la répression antisyndicale à l’œuvre dans l’entreprise partenaire de Migros.

Des syndicats agricoles, le Solifonds et la FRC demandent à Migros d’agir contre les mauvaises conditions de travail chez son fournisseur espagnol de fruits et légumes Eurosol

«Migros doit empêcher la répression contre les travailleurs de son fournisseur Eurosol à Almeria.» Cet appel d’Uniterre, publié le 30 mars sous forme de communiqué, rappelle que la situation des ouvriers agricoles dans la région espagnole est toujours difficile.

Depuis l’automne dernier, 19 employés, la plupart de longue date, ont été licenciés. S’ajoutent des heures supplémentaires non rémunérées, des pauses non payées et des manquements en matière de sécurité et de santé au travail. Le syndicat agricole abonde dans le sens d’un article intitulé Le goût amer de la ratatouille espagnole écrit par la Fédération romande des consommateurs (FRC). Celle-ci dénonce les problèmes qu’affrontent de nombreux employés chez Eurosol, producteur de concombres, poivrons, aubergines, tomates et melons en Andalousie, à Almeria, depuis 1999, sur près de 2 millions d’hectares. C’est un fournisseur de Migros, et de nombreux autres grands distributeurs d’Allemagne, des Pays-Bas, de Belgique, de France et du Royaume-Uni.

«Licenciements abusifs»

Dans son enquête sur place, la FRC a recueilli plusieurs témoignages d’employés. Salariée depuis une dizaine d’années, Lilia (prénom d’emprunt) raconte avoir été licenciée brusquement sous prétexte qu’elle a été vue un jour sans masque de protection anti-covid – ce qu’elle réfute – et d’avoir refusé de signer un bon de remise d’uniforme – alors qu’elle dit l’avoir demandé à plusieurs reprises sans le recevoir. La FRC précise: «Lilia accuse Eurosol de licenciement abusif. Comme d’autres travailleurs qui ont subi des mises à pied, intimidations et discriminations depuis plusieurs mois, elle est membre du Syndicat andalou des travailleurs (SAT).» 

Ce n’est pas la première fois qu’Eurosol est pointé du doigt. En août 2021, le Tribunal des prud’hommes a donné raison au SAT, «en reconnaissant aux salariés le droit aux congés payés ainsi quà une pause de 20 minutes rémunérée». «Ces droits, pourtant reconnus dans la législation du travail en Espagne, n’étaient pas appliqués par Eurosol», indique la FRC.

L’an dernier, Uniterre a interpellé Migros quant aux violations du droit du travail chez son fournisseur. Le géant orange a alors commandé un audit. «Or, le rapport de cet audit ignore le contexte et réduit la situation à un conflit entre deux groupes de travailleurs», précise Uniterre. Le SAT déplore quant à lui une instrumentalisation syndicale pour affaiblir la représentation légale des travailleurs.

Pour un ultimatum

Plus généralement, Uniterre, le Solifonds et les organisations de La Via Campesina estiment que Migros ne fait pas concrètement le nécessaire pour éviter des violations des droits des travailleurs. «Migros n’est pas crédible et ne contrôle pas la situation dans sa chaîne d’approvisionnement», assènent les organisations qui demandent donc au géant orange la suspension des achats à Eurosol tant que les travailleurs licenciés ne seront pas réintégrés; la mise en place de systèmes de contrôle crédibles et un engagement pour la transparence «dans un dialogue continu et ouvert sur les impacts sociaux et écologiques dans sa chaîne d’approvisionnement».

La FRC demande, quant à elle, notamment que Migros pose un ultimatum à Eurosol pour exiger une amélioration des conditions de travail et la réintégration des travailleurs licenciés abusivement, ainsi que des contrôles renforcés. Elle indique même: «Le détaillant doit être plus transparent dans sa communication et cesser d’enjoliver la situation sur place sur son site internet et dans sa publication.»

Migros se défend

A la suite des communiqués des organisations syndicales et de défense des consommateurs, Tristan Cerf, porte-parole de Migros, rappelle l’importance pour le distributeur que ses produits «proviennent de fournisseurs offrant des conditions de travail socialement acceptables et sûres». «Nous nous engageons à respecter les normes sociales tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Les violations des conditions de travail, que ce soit en Suisse ou dans le monde, sont inacceptables. En plus des audits annuels GlobalGAP/GRASP, Migros effectue des contrôles supplémentaires sur les conditions de travail chez les producteurs.» Après avoir été alerté, l’année dernière, par Uniterre sur le cas Eurosol, le porte-parole rappelle que Migros a commandé un audit spécifique en octobre 2021, puis demandé à son fournisseur d’améliorer la situation. «Eurosol nous a assuré mercredi (le 30 mars, ndlr) vouloir prendre des mesures pour désamorcer le conflit. Cependant, Migros insiste pour qu’Eurosol fasse des efforts supplémentaires.» Tristan Cerf ajoute: «Nous apprécions le travail important réalisé par les syndicats sur place. Migros a fait le sien en posant des conditions et en exigeant des résultats rapides. A Eurosol de faire le sien maintenant!» Et de conclure: «L’affaire est également dans les mains de la justice espagnole. Il est actuellement de notre devoir de laisser les autorités compétentes faire leur travail avant de décider de mesures futures. En attendant, Migros reste en contact permanent avec les parties impliquées et suit la situation de près.»

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